Après les maux, le silence.
- Hélène Fruchard
- il y a 6 jours
- 4 min de lecture
Dans mon article précédent (https://www.dialogue-mjr.com/post/pourquoi-est-il-si-difficile-de-trouver-les-mots-justes-en-plein-conflit), il était question de la difficulté de trouver les mots justes lorsque nos émotions prennent le dessus lors d’un conflit avec une personne qui nous importe. Nous étions alors dans le conflit actif, celui qui explose et heurte par l'excès de paroles. Parfois, après tous ces mots durs, parfois exagérés, souvent blessants, peut s’installer un silence, presque encore plus redoutable. D’autres fois, le silence arrive sans même qu’un conflit ait éclaté à haute voix ; c'est alors un conflit passif, un silence qui s'installe insidieusement, issu d’un malaise indicible. Il ne s’agit pas ici d’un silence méditatif et paisible, mais d’un silence pesant, rempli de rancœur, d’incertitude, de peur, de culpabilité, d’incompréhension ou de deuil.

Certains se disent peut-être qu’il vaut mieux se taire plutôt que d’exploser, et risquer de blesser, de tout ruiner dans la relation. D’autres gardent le silence car ils ne savent plus comment s’exprimer, par peur de ne pas être compris, ou par crainte que leurs paroles n'engendrent une escalade de violence (verbale, psychologique ou physique). Enfin, il y a les personnes qui se taisent car elles ont renoncé. Renoncé à trouver une solution, renoncé à échanger, renoncé à s’expliquer, renoncé à se battre (pour la relation ou avec l’autre), car au fond, pour ces personnes la relation est terminée, même si elles ne sont pas toujours capables de passer à l’acte de séparation (que ce soit dans un couple, dans des relations familiales, amicales, etc). Lorsqu’on pose enfin des mots sur ce qu’on ressent, on ne peut plus se mentir, ni ignorer la réalité de ce que nous vivons. Cela peut prendre du temps, et un processus de réflexion pour qu’on en soit capable.
Un silence plus tranchant que des mots
Quelle qu’en soit la raison, ce silence fait mal, pour son émetteur comme son destinataire. Il est important de distinguer le silence réparateur – cette pause nécessaire pour apaiser une émotion trop vive – du silence-impasse dont nous parlons ici. Le premier est une invitation au recul, le second est un mur qui se construit. Bien qu’il n’y ait pas -ou plus - d’éclats de voix, de reproches ou d’insultes, ce dernier ne marque pas une absence de conflit, bien au contraire. Il est le refuge du non-dit, ce poison qui s'infiltre dans les interstices de la relation. Il incarne un conflit qui s’infuse et se diffuse dans tout notre corps et nos pensées. Dans le silence, on prête à l'autre des intentions qu'il n'a peut-être pas, on interprète chaque soupir. Lorsque la parole s'arrête, l'imaginaire prend le relais, on se fait des films, on construit des dialogues dans notre tête, on rumine. Le silence fige la relation dans une hostilité invisible. Le lien s'étiole car il n'y a plus de "pont" entre les deux mondes. Ce silence est omniprésent, et son poids nous écrase et nous épuise à chaque mot tu, à chaque regard évité, à chaque geste d’intimité avorté. Le mal-être vécu dans cette rupture de la communication peut nous procurer de l’anxiété, un resserrement dans la poitrine, des douleurs au ventre, une inquiétude à l’idée de se retrouver seul.e avec l’autre, de la peur, de la colère. Elle nous ronge de l’intérieur, petit à petit, et nous épuise. Lorsque nous gardons en nous nos émotions et nos blessures, tout s’amplifie. Cette accumulation finit souvent par exploser dans une vague de rage et de reproches, que l’on regrette ensuite. Garder le silence lors d’un conflit ou d’un malaise, nous enferme aussi dans une solitude émotionnelle, et nous donne l’impression qu’il n’y a pas d’issue, qu’on ne peut pas être aidé. Mais il y a toujours une solution !
La médiation comme remède au silence

Une explication, une clarification, un dialogue sincère, un partage de nos sentiments et de nos désirs, même si ce n’est pas toujours facile, soulage souvent face à une telle situation. Si vous ne savez pas comment vous y prendre pour briser ce mutisme, la médiation vous permet de remettre du mouvement là où tout est figé, en vous aidant à communiquer, dans un environnement sécurisant. Savoir dire stop au silence, demander de l’aide, ce n’est pas un aveu d’échec, c’est un acte de courage. C’est décider que la relation et / ou votre paix intérieure, ont plus d’importance que le ressentiment muet. Partager avec sincérité, c’est se respecter soi, et respecter l’autre. L’idée alors n’est pas d’affronter l’autre et l’accabler, mais de renouer le dialogue pour se dire les vraies choses et passer à une autre étape de la relation (incluant la possibilité de terminer la relation si c’est ce qui est souhaité) en toute sérénité. On est libéré du poids du silence, et on retrouve notre pouvoir d’agir face à une situation qui ne nous convient pas. On peut restaurer le lien interpersonnel, comprendre l’autre et se faire comprendre. C’est apaiser les tensions, physiques et mentales, pour permettre un renouveau plus paisible.

Sortir seul.e du silence peut faire peur. Un processus de médiation permet de se sentir soutenu, entendu sans jugement, et d’être accompagné pour clarifier et formuler à l’autre de façon constructive nos émotions, nos besoins et nos demandes. La médiatrice s’assure que les échanges se déroulent dans le respect et que la conversation ne soit pas une autre bataille angoissante, mais un lieu d’écoute où chacun a la place de livrer en toute honnêteté. Lors des rencontres individuelles, chacun des participants peut expliquer ce qui a amené au silence, nommer ses inquiétudes quant à la reprise du dialogue, et être épaulé par la médiatrice afin de trouver les bons mots, de ne pas être dans l’attaque ou sur la défensive, afin d’être rassuré et sentir prêt à l’échange. C’est souvent le premier pas pour transformer une impasse en une véritable opportunité de changement.
Si le conflit et le silence vous pèsent, n’hésitez pas à envisager le recours à un processus de médiation axé sur une approche relationnelle. Je peux vous accompagner dans cette démarche avec écoute et empathie.



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