Pourquoi est-il si difficile de trouver les mots justes en plein conflit ?
- Hélène Fruchard
- 15 mai
- 3 min de lecture
Lors d’un conflit, d’une discussion difficile, ou d’une situation tendue avec nos proches ou des personnes que l’on est amené à côtoyer, il est souvent compliqué d’arriver à s’exprimer clairement. Comment partager nos émotions et nos besoins sans blâmer l’autre ? Comment garder notre calme afin d’avoir un dialogue constructif ?

Les barrières invisibles de notre communication
Parfois, on n’a pas les mots alors soit on garde le silence, soit on utilise des mots inadéquats.
Parfois on dit trop de mots, trop forts et ils dépassent notre pensée.
Parfois, les mots nous effraient, que ce soit parce qu’ils sont trop durs à dire, ou qu’ils risquent de blesser.
Parfois, les mots sont mal compris ou mal interprétés par l’autre, soit à cause d’anciennes blessures, d’un manque de confiance, d’émotions trop vives, d’un manque de vocabulaire ou encore des prêts d’intention nous enfermant dans une vision tunnel.
Parfois, les mots sont tus, soit par manque de courage, soit par « respect » mal placé (sous lequel souvent se cache la peur de blesser, de la lâcheté ou la peur de ne pas être aimé), on n’ose pas dire les mots qu’il faut, les mots vrais, ces mots qui peuvent heurter tout d’abord, mais libérer ensuite.
Parfois les mots s'envolent : on a les mots bien organisés dans notre tête lorsque l’on est seul.e, mais face à l’autre, nos émotions prennent le dessus et la clarté nous échappe.
Le poids de l'éducation et de la société
Certains d’entre nous n’ont jamais appris à parler avec mesure, à expliquer avec tranquillité à cause de modèles familiaux où les cris, les reproches et la violence verbale sont rois.
Notre société et notre éducation ne favorisent pas toujours l’apprentissage de l’identification et de l’expression de nos besoins. Beaucoup se sentent ainsi mal équipés ou illégitimes à nommer ou même ressentir leurs émotions.
Saviez-vous que l’alexithymie, qui se caractérise par une difficulté marquée à identifier, comprendre et exprimer ses propres émotions, et parfois celles des autres, toucherait environ 9 à 17 % des hommes et 5 à 10 % des femmes ?
A l’heure où la communication passe souvent par les écrans et les messages écrits, un écueil supplémentaire s’ajouter : l’absence de communication non verbale. Sans le ton de la voix, les expressions du visage, et le langage corporel, interpréter les intentions réelles de l'autre devient un terrain miné.
Tous ces exemples montrent que lorsque nous vivons une situation conflictuelle, partager nos émotions sincères, nos besoins et nos blessures peut parfois sembler insurmontable.
"Entre
ce que je pense,
ce que je veux dire,
ce que je crois dire,
ce que je dis,
ce que vous voulez entendre,
ce que vous entendez,
ce que vous croyez en comprendre,
ce que vous voulez comprendre,
et ce que vous comprenez,
il y a au moins neuf possibilités de ne pas se comprendre."
- Bernard Werber
La médiation relationnelle : un espace pour réapprendre à communiquer

La préparation
Pour ces situations où les mots adaptés nous manquent, le recours à la médiation est particulièrement pertinent.
Dans ma pratique de la médiation interpersonnelle, j’offre toujours une préparation individuelle de chaque partie avant que l’échange n’ait lieu. Lors de cette séance, mon rôle est, entre autre, de vous aider à :
- clarifier ce que vous ressentez, ce dont vous avez besoin, et ce que vous voulez partager
-formuler votre message selon les principes de la Communication Non Violente (CNV).
-vous outiller pour vous recentrer sur l’expression de vos propres émotions et besoins, plutôt que sur le blâme de l’autre, et une escalade d’agressivité.
-identifier vos craintes (par exemple la peur de s’énerver, de pleurer, de figer, etc.) et trouver des solutions pour pallier ces inquiétudes avant la rencontre collective.
L'accompagnement pendant la rencontre
Durant la rencontre de médiation, je suis toujours présente pour accompagner avec bienveillance les parties à s’exprimer et s’écouter dans le respect. Un cadre est posé au début de la rencontre, et je suis garante de son maintien tout le long du processus. À l’aide d’outils comme la reformulation, les pauses, les questions ouvertes, les appels à l’introspection, je veille à ce que chacun garde son calme, et puisse appliquer les clés de communication discutées en amont.
Être capable de réussir à s’exprimer avec clarté, sincérité, en prenant la responsabilité de ses ressentis sans que l’autre se sente attaqué procure souvent un grand soulagement. C’est l’opportunité pour les participants de retrouver leur pouvoir d’agir (empowerment) sur la situation qui les préoccupe, pour le temps de la médiation, ...et pour le reste de leur vie!



Commentaires